Diminuer le tabagisme abaisse les taux de mortalité par cancer

Aux États-Unis, la réduction de la consommation de tabac joue un rôle essentiel dans la diminution du nombre de décès par cancer. Michael Thun et Ahmedin Jemal viennent d’en faire la démonstration [1].

Le taux global de décès par cancer outre-Atlantique a, en effet, diminué entre 1991 et 2003 de 16,1% chez les hommes et de 8,4% chez les femmes. Durant cette même période, la mortalité par cancer du poumon a diminué de 20% chez les hommes mais a augmenté de 9,6 % chez les femmes. Chez l’homme, ces bons résultats sont à mettre au crédit de la baisse générale du tabagisme dans le pays : 40% de la baisse de la mortalité globale par cancer sont liés à la seule réduction du nombre de décès pour la population féminine : l’impact négatif du tabagisme s’y fait lourdement ressentir, sans doute du fait d’une consommation régulière plus récente, contrairement à ce qui est observé chez les hommes. La mortalité par cancer du poumon chez les Américaines a très fortement augmenté de 1975 à 1990, pour ensuite se stabiliser sans toutefois décroître de 1990 à 2003 ; chez les Américains, elle avait augmenté rapidement de 1950 à 1975, puis plus lentement de 1975 à 1990, pour finalement décroître régulièrement depuis.

Les auteurs ont calculé qu’en l’absence de réduction du tabagisme durant la 2e moitié du 20e siècle, la mortalité par cancer du poumon aurait dû continuer d’augmenter jusqu’en 2003 de manière aussi importante que cela a été observé de 1950 à 1975, chez les hommes, et de 1975 à 1990, par cancer du poumon (les décès par cancer du poumon représentent à eux seuls 80% des morts par cancer lié au tabac).

La situation est moins glorieuse chez les femmes. Ce scénario hypothétique souligne les bénéfices actuels bien réels de la diminution du tabagisme (et donc des différentes mesures antitabac mises en application depuis 1950) sur les taux de mortalité. Plus de 146 000 décès par cancer du poumon auraient été, ainsi, évités de 1991 à 2003, dans la population masculine des États-Unis. Une projection mathématique construite à partir des chiffres du cancer du poumon va même jusqu’à suggérer que, s’il n’y avait pas eu de diminution du tabagisme, la mortalité globale par cancer n’aurait pas baissé depuis 1990, ni chez les hommes ni chez les femmes.

L’impact positif des campagnes d’information sur les méfaits du tabac et d’incitation au sevrage tabagique se confirme plus ou moins rapidement, parfois au terme de plusieurs années, notamment pour les pathologies de lente constitution comme les cancers ; les premiers bénéfices s’en font seulement tout juste sentir. Cette étude souligne une fois de plus l’impérieuse nécessité des mesures antitabac en termes de lutte contre le cancer.


1. Thun MJ et Jemal A. How much the decrease in cancer death rates in the United States is attributable to reductions in tobacco smoking ? Tob Control 2006.